La
Déportation
L'émergence
de
l'Europe menaçait depuis longtemps la domination
à
l'échelle mondiale des États-Unis. Tandis que les
ressources naturelles terrestres s'épuisaient, notamment en
hydrocarbures, l'économie allait de nouveau être
perturbée. Pour y remédier, certains Etats
nécessitaient une aide internationale. On vit peu
à peu
certaines unifications entre pays, afin de pouvoir suivre la
récente évolution industrielle, qui devait
s'adapter aux
nouvelles conditions naturelles. Les États-Unis invitent le
Mexique et le Canada à devenir l'Amérique du
Nord, un
État à part entière. La gestion du
pays devint
plus difficile, mais ce dernier pouvait à présent
disposer de plus de main d'oeuvre et de ressources afin de pouvoir
suivre les progrès technologique, au même titre
que
l'Europe. Une seconde guerre froide commença à
l'aube du
XXIIIème siècle. Le fossé se creusa
entre la
Confédération européenne et
l'Amérique. Le
conflit idéologique devint vite une compétition
à
celui qui pourrait survivre -autant économiquement,
politiquement et humainement- et s'en porter le mieux face aux
contraintes croissantes qu'imposaient la Terre. De leur
côté, les quatre dragons d'Asie, auparavant sur le
point
de devenir de grandes puissances industrielles, tombèrent en
même temps que la Chine dans la pauvreté. La
suppression
des frontières facilita les échanges commerciaux
et
réussit à sauvé ces récents
pays du
Tiers-Monde. L'Indochine, nouvel État regroupant toutes les
puissances asiatiques, vit le jour. Cette puissance réussit
à rattraper son retard. Le Monde fut alors
tri-polarisé.
En revanche, la seconde guerre froide pris moins d'ampleur. Les trois
grandes puissances dominantes du Monde commençaient
à
s'entraider. La conquête spatiale pris un autre tournant
quand
l'homme voulu absolument partir à la recherche de ressources
naturelles dans l'univers. Les recherches de la
Confédération n'aboutirent qu'à la
découverte d'une planète lointaine, Anchor.
Seulement,
ses ressources étaient trop faibles.
En effet, l'eau n'y était présente qu'en faible
quantité dans des galeries souterraines et on n'y
décelait qu'une infime quantité de
métal et pas
une once de végétation. Cela dit, Anchor
intéressa
énormément les scientifiques pour une seule
raison : la
présence d'un matériau se présentant
sous forme de
cristal et qui fut baptisé Spill. Ce dernier fut
ramené
sur terre en très petite quantité par une
expédition astronomique européenne qui
s'était
rendue sur Anchor peu après sa découverte. Des
scientifiques européens l'analysèrent sous toutes
ses
coutures pendant de long mois et il ressortit de ces longues semaines
de labeur que le Spill pourrait s'avérer être le
salut de
l'humanité. En effet, ce dernier, une fois entré
en
état de combustion, dégageait une forte
quantité
d'énergie électromagnétique. Cela
signifiait que
le Spill pouvait à la fois remplacer le pétrole
(avec
l'installation de moteurs électriques dans les
différents
véhicules) et l'énergie nucléaire.
Cela dit,
l'euphorie de cette découverte céda vite sa place
à une multitude d'interrogations : Le Spill
était-il
dangereux pour l'homme ? était-il utilisable en
très
grande quantité ? Perdait-il de son intensité
électromagnétique si la durée entre
son extraction
et son utilisation était trop grande ?
C'est essentiellement la troisième de ces questions qui
préoccupait les hauts scientifiques européens.
Effectivement, ces derniers constatèrent que le Spill, une
fois
extrait, perdait très rapidement de son énergie
électrique et n'était plus capable que de
produire une
infime quantité d'électricité.
Autrement dit, le
le Spill n'était utilisable de façon assez
importante
pour alimenter en énergie une planète de
plusieurs
milliards d'habitants que sur son lieu d'origine, à savoir
la
planète Anchor. Le gouvernement de la
confédération européenne, qui avait
gardé
secret la découverte du Spill, fut d'autant plus
consterné que la situation internationale devenait alarmante
pour ne pas dire catastrophique. Les pays du Golfe persique
étaient en proie au chaos le plus total après
l'écoulement de tous les stocks de leurs réserves
de
pétrole. En effet, ces derniers, après plusieurs
siècles d'opulence durent faire face à la famine
et aux
licenciements massifs après que leurs exportations furent
réduits de 90%. La population en colère
n'hésitait
pas à descendre dans les rues et à
détruire tous
les signes de la richesse pays de leur pays. Les rares nappes de
pétrole encore présentes se trouvaient au fond de
l'océan Atlantique et était conjointement
exploité
avec grande difficulté par l'Amérique du Nord et
la
Confédération européenne.
Malheureusement, cela
n'empêcha pas le baril de brut d'atteindre les 327$
à la
bourse de New-York. Cela engendra une crise économique sans
précédent, qui causa la faillite de plusieurs
milliers
d'entreprises et d'une grande majorité des plus grandes
multinationales. Comme toutes les crises, celle-ci engendre des
conflits dans toutes les zones sensibles du globe (Afrique,
Amérique du Sud, Balkans, Asie du Sud-est, Golfe persique),
où les actes de barbarie les plus abjectes se joignent
à
la misère et à la famine, décimant
ainsi les
populations des zones concernées, qui n'ont parfois que
comme
seul moyen de survie de procéder au cannibalisme et
à la
nécrophagie.
Le 13 juin 2246, lors d'une réunion de crise de l'ONU, les
dignitaires de la confédération
Européenne
dévoilèrent au grand jour la
découverte du Spill
sur Anchor ainsi que les problèmes rencontrés
suite
à son exploitation. Les nations unies,
désemparées
devant la situation mondiale, chargèrent une commission
menée par le politicien européen Mike Reckson de
trouver
une solution viable et la plus rapide possible pour une exploitation
à grande échelle du Spill sur Terre.
Ce dernier mit alors sur pied le programme sobrement
intitulé
« Spill », qui consistait à effectuer
plusieurs
expéditions sur Anchor visant à tester
différents
modes d'extraction et de transport jusqu'à la terre.
Après deux ans d'infructueuses tentatives, qui n'eut pour
effet
que de ruiner considérablement la plupart des nations,
déjà considérablement appauvries,
l'ONU organisa
une nouvelle réunion de crise pour faire le point sur la
situation du projet « Spill ». Mike Reckson
présenta
le bilan négatif de son projet devant des hauts dignitaires
médusés par l'impasse qui se
présentaient à
eux. À la fin de sa présentation, Mike Reckson
déclara une phrase qui sortit toute l'assemblée
de sa
torpeur collective : « Il apparaît
désormais qu'il
n'existe qu'une seule solution pour sauver l'humanité d'une
extinction inexorable, cette solution sera très longue
à
mettre sur pied, sera onéreuse, mais c'est la seule
techniquement réalisable à l'heure actuelle. Il
s'agit
d'une exode massive de toute la population terrestre sur la
planète récemment découverte : Anchor.
Mon
équipe et moi-même pensons qu'il nous faudra
environ 60
ans pour mettre tous les préparatifs sur pieds.
Étant
donné que les ressources de notre planète nous
permettent
de survivre encore environ 120 ans, cela nous permet de
procéder
à différents tests afin de bien
préparer le grand
exil qui nous attends » .
Puis, Mike Reckson projeta plusieurs documents donnant plus de
détails sur ces fameux tests préparatifs :
« Le
projet Éden (nom de merde à changer) se
décline en
plusieurs étapes. Tout d'abord la mise sur pied d'une milice
qui
aura pour principal but de collecter toutes les personnes inutiles
à la communauté. Tous les parasites qui ne
méritent en rien de profiter des rares ressources que nous
offre
encore la Terre. Par parasites, j'entends tous les
délinquants,
contrebandiers, pirates informatiques, dealers et junkies,
chômeurs, handicapés. Ces derniers seront
stationnés dans un camp de haute
sécurité pour
éviter toute évasion, ce camp se situe en
Sibérie,
à plusieurs centaines de kilomètres de toute zone
habitable. Dans un second temps, les cobayes seront
transférés sur la base aérospatial de
Baïkonour où les attendront 25 cargos spatiaux
remplis de
vivres pour le voyage et d'installations pour l'exploitation de la
planète Anchor. Les cobayes seront accompagnés
par 54
ingénieux et une centaine de techniciens
spécialisé qui les accompagneront durant leur
voyage et
les feront travailler à la construction d'une
micro-société expérimentale
basée sur le
modèle terrien. Bien entendu, plusieurs milliers de soldats
de
la force de sécurité de l'ONU les accompagneront
également afin de faire régner l'ordre et
d'éviter
toute mutinerie dans les rangs des cobayes, parmi lesquels je vous
rappelle qu'il y figure les pires crapules de cette planète.
».
L'auditoire était resté consterné
devant
l'exposé de Mike Reckson, jamais aucun d'entre eux n'avait
osé penser que l'humanité aurait
détruit son bien
le plus précieux au point de devoir le quitter. Mais les
considérations philosophiques et d'ordre éthique
n'étaient pas d'actualité et elle durent laisser
place au
pragmatisme puisque le sort de l'humanité fut
décidé lors d'un vote des
représentants de chaque
nation. À 128 voix pour, 31 contre et 54 abstentions, le
projet
fut accepté et l'on donna un budget illimité
à
Mike Reckson, en plus du sort de plusieurs millions de personnes qui
n'allaient pas tarder à être arrachés
à leur
milieu pour servir de cobaye à la plus grande aventure
humaine
jamais entreprise.
La milice (le FIS, forces internationales de sélection) fut
rapidement mise sur pied. Essentiellement composée de
policiers
des forces d'élite des quatre coins du globe, elle vida les
prisons et les hôpitaux pour les transporter dans le camp
sibérien, où les cobayes, qui
n'étaient pour
l'instant que de vulgaires détenus, étaient
entassés comme du bétail dans des conditions de
vie
déplorable (il n'était pas question de perdre de
l'argent
pour leur stationnement sur terre). Ce fut plus de 15 millions de
rebuts de la société terrienne qui furent
sélectionnés. Parmi eux, 3 millions
périrent dans
le camp de stationnement. Les travaux de construction des 25 cargos
spatiaux durèrent environ 4 ans (ils se
déroulaient en
parallèle des actions de la milice). C'est donc au matin du
3
novembre 2252 que fut fixé le grand départ. Tout
avait
été pensé jusqu'au moindre
détail. Cette
expérience n'était destiné qu'au
succès
pensaient ses créateurs, « même la
volonté de
Dieu ne pourrait rien faire contre » se plaisaient-ils
à
marteler inlassablement aux différents chefs
d'État
sceptiques. Les conditions de voyage étaient pour le moins
spartiates : Un réfectoire exigu où les cobayes
devaient
s'entasser sur des bancs étroits, des dortoirs mixtes aux
vieux
draps poussiéreux. Dès que l'on rentrait
à
l'intérieur de l'une de ces embarcations, on sentait tout de
suite que le « budget illimité »
était
passé dans le moteur nucléaire, censé
propulser ce
mastodonte d'acier à une vitesse de croisière de
847
km/s. Vu qu'aucun divertissement ne leur était
proposé
à bord, « les cobayes avait tous le temps de la
magnifique
mission dont ils allaient se charger pour l'humanité
»,
répétaient sans arrêt leurs matons
hilares, bien
assurés de rentrer bien vite sur terre. À 7h04,
un bruit
assourdissant réveilla tous les badauds vivants dans un
rayon de
900 kilomètres. Ce fut à cette heure-ci que les
cargos
prirent leur envol vers Anchor, alors encore à plusieurs
années-lumières de là. Le voyage
était
prévu pour durer 2 mois. Tout se passa très bien
pendant
le voyage, on ne dénota que quelques soubresauts de
révolte qui furent mater sans trop d'excès de
violence.
Il apparut rapidement que les 12 millions d'embarqués pour
Anchor étaient bien fatalistes, se
répétant sans
cesse que leur vie sur Anchor ne pourrait pas être que celle
qu'il connaissaient sur la terre. Cependant, ce tableau idyllique connu
son coup de théâtre. En effet, une fois
arrivés
dans l'orbite d'Anchor, tous les instruments de communication des 25
cargos tombèrent mystérieusement en panne. Les
techniciens à bord eurent beau s'atteler à la
tâche, rien n'y fit, un malheureux concours de circonstances
avait accomplit sa machiavélique entreprise : il
était
devenu impossible de reconnaître la terre. Du
côté
terrien, le constat fut le même, aucun des cargos ne
pouvaient
être atteint et les satellites avaient perdus toute trace
d'eux.
La tranquillité des deux mois de voyage s'estompa en un
éclair à bord des vaisseaux de transport, une
panique
générale s'installa, des passagers à
l'équipage. Il était malheureusement trop tard
pour
reculer, l'attraction d'Anchor avait déjà
englouti
l'ensemble des cargos et ils ne pouvaient en aucun cas tenter une
manœuvre de demi-tour, sous peine de dépenser un
grand
nombre d'énergie, n'en disposant pas assez pour envisager le
retour. Les 25 embarcations atterrirent donc sur Anchor comme le plan
le prévoyait initialement. Une fois posés, les
outils de
communication étaient toujours inutilisables. De plus, un
nouveau constat effrayant alarma la cinquantaine de scientifiques
présents. En effet, ils remarquèrent que la
planète Anchor prenait une trajectoire inhabituelle, toute
contraire à celle observé par les satellites
terrestres.
Le constat fut une nouvelle fois cruel et sans appel : Anchor,
était entrer en attraction d'un autre astre stellaire, elle
ne
tournait désormais plus autour du soleil, mais autour d'un
astre
similaire, de couleur grise et encore complètement inconnu
des
scientifiques terriens, et qui plongeait Anchor dans une nuit
perpétuelle. La nouvelle trajectoire d'Anchor les
éloignant progressivement de la terre et étant
dans
l'impossibilité de reconnaître cette
dernière, les
nouveaux Anchoriens n'eurent guère d'autres
possibilités
que de s'organiser et de commencer une nouvelle vie sur une nouvelle
planète.
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